Portrait de 3 institutrices engagées. Nadège, Marie et Margot, lauréates du Prix Philippe Maystadt

Marie, Margot et Nadège sont les lauréates du « Prix Philippe Maystadt pour l’enseignement de demain » qui récompense notamment les travaux de fin d’études innovants.
C’est l’occasion de discuter avec elles du choix de leurs études et de leur vision du métier d’institutrice. Portrait de trois jeunes femmes engagées.

Pourquoi avoir choisi les études d'Institutrice primaire ?
Le Couteau suisse
Marie Lamerant

Il y a toujours eu deux choses que j’ai adoré faire : apprendre et transmettre. Je n’ai donc pas hésité longtemps quand il a fallu que je choisisse le chemin qui tracerait mon avenir : je voulais enseigner. Le français ? Les Sciences ? Les Arts ? Difficile de trancher pour moi, qui suis curieuse de tout. Comme on dit, l’instituteur primaire est le « médecin généraliste » de l’enseignement. Il doit toucher à tout, tous les jours, et porter de nombreuses casquettes. Puis, aussi, je suis moi-même encore une grande enfant : je prends tant de plaisir à raconter des histoires, à inventer des univers…

Je crois que c’est donc tant pour la richesse du contenu que celle du public que j’ai démarré l’aventure de l’enseignement au primaire.

Margot Piscina

L’idée d’être institutrice a toujours résonné en moi malgré les aprioris de ma famille. J’aime les enfants bien sûr mais j’aime aussi le fait que nous soyons là à un moment de leur vie pour les aider dans le développement de leurs capacités à apprendre, que nous puissions planter une petite graine pour qu’ils deviennent des adultes épanouis et passionnés.

J’aime créer, apprendre, construire, me remettre en question, aider, créer un climat de confiance en classe où l’on peut communiquer sans être jugé et renforcer les capacités des élèves à tout point de vue.

J’ai également voulu prouver que ce n’était pas un métier de « fainéant », qu’il fallait sans arrêt s’adapter, rebondir, travailler pour être satisfait de ce qu’on fait en classe.

Nadège Rase

J’ai entamé les études d’institutrice en cours du soir après une première expérience de 4 ans dans l’éducation à l’environnement et à l’énergie. Je savais bien que mes études (une licence en Architecture et un master en Gestion de l’Environnement) ne reflétaient pas exactement la route que je souhaitais emprunter.

Je suis touche-à-tout et très curieuse. Pour moi, c’est un supplice de me cantonner à une seule discipline. Ce n’est que lorsque je suis intervenue de manière régulière dans les écoles primaires en tant qu’éducatrice à l’environnement que je me suis rendu compte que ma place y était. Moi qui adore apprendre des autres, j’ai compris que la transmission et le partage des savoirs et savoir-faire étaient un domaine dans lequel j’allais pouvoir m’épanouir.

Qu'est-ce que la rédaction du TFE vous a appris sur votre métier ?
Le Couteau suisse

Marie L. : D’abord, j’ai intégré le fait que seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ! Le travail d’équipe, c’est vraiment un indispensable dans le cartable de l’enseignant.

Aussi, je pense avoir aujourd’hui une approche positive de l’enfant à besoins particuliers. Je ne vois pas seulement les fragilités que son trouble incombe, j’y vois aussi de la force. Et je m’investis donc pour la faire grandir.

Ainsi, j’ai réalisé que l’expression, de quelque forme qu’elle soit, est l’outil par excellence de valorisation. On ne peut donc la reléguer au second plan, et n’y consacrer que deux heures par semaine.

L’expression doit être présente en tout lieu et en tout temps à l’école, elle doit être le ciment entre les apprentissages et les différents moments de vie de la classe.

Margot P. : J’ai appris à collaborer, à ne pas juger les idées des autres, à accepter le changement, la nouveauté. Nous avons surtout appris que trois cerveaux réfléchissent mieux et plus loin qu’un seul et que nous ne serions jamais arrivées à un tel résultat si nous avions dû faire le travail seules. Ce travail est riche justement parce que la fusion de nos personnalités a bien fonctionné.

Pour notre métier, je pense que c’est réellement important d’avoir un esprit d’équipe pour pouvoir travailler, imaginer et construire nos projets en groupe parce que seuls, on n’y arriverait pas.

Nadège R. : Tout d’abord le fait que dans chacune de nos classes, nous allons rencontrer des élèves avec des besoins spécifiques – parfois diagnostiqués,

 
 

parfois non ; parfois ayant un trouble unique, parfois une combinaison de déficiences.

Le TDA/H est un trouble très répandu (un enfant voire deux par classe souffriraient de TDA/H) qui est trop souvent banalisé (il est un peu rêveur, distrait!). Or, la reconnaissance des difficultés de l’enfant est le pré-requis à sa prise en charge et l’enseignant joue un rôle central dans le diagnostic.

Ensuite ce travail m’a confirmé que l’art est bien plus qu’une activité occupationnelle. Il s’agit d’une discipline très riche qui doit être intégrée généreusement dans la grille horaire de la classe pour tous les bienfaits qu’elle procure à tous, et pas seulement à l’enfant à besoins spécifiques.

Que diriez-vous à des futur.es étudiant.es qui hésitent à se lancer dans les études d'instituteur.trice primaire ?
Le Couteau suisse

Margot P. : C’est une vocation. Ce n’est pas un métier facile, il ne faut pas se lancer en se disant qu’on fait ça pour les congés ou pour être cool après 16h. C’est du non-stop, on réfléchit tout le temps à ce qu’on pourrait améliorer, à ce qu’on pourrait mettre en place pour aider les élèves, à changer nos leçons, aux réunions de concertations, aux parents etc.

Les premières années sont difficiles et très fatigantes, il faut s’accrocher et « faire nos preuves » parce qu’on a l’impression d’être attendu au tournant.

Beaucoup de gens pensent encore que le métier d’insituteur.trice primaire, c’est un métier de fainéant, que ce n’est pas difficile, … Nous n’avons pas beaucoup de reconnaissance et cela peut sembler dur parfois.

C’est pour cela que je pense qu’il faut avoir ça en soi, être passionné, le sentir dans ses tripes.

L’envie d’aider et de créer une nouvelle génération doit être plus forte que toutes les remarques que l’on entend à notre sujet.

Nadège R : De se lancer! La crise sanitaire actuelle a mis en exergue, selon une dichotomie « essentiel – non essentiel »

 certainement contestable, à quel point l’éducation était un pilier de nos sociétés. Les générations futures auront besoin de citoyens débrouillards, responsables et sensibilisés aux problématiques démocratiques, sociales et environnementales.

L’école joue un rôle primordial dans la formation des futurs acteurs de demain. Elle a besoin d’enseignants engagés, créatifs, pétillants et qui considèrent l’enfant comme notre plus belle ressource.

Et j’ajouterais qu’il n’y a pas d’âge pour se former. La formation en horaire adapté permet de vivre une belle reconversion en alliant études, vie de famille et vie professionnelle.

Que faites-vous maintenant ?
Le Couteau suisse

Marie L. : J’ai effectué plusieurs remplacements depuis septembre. Cela m’a permis de vivre des expériences dans tous les cycles, et donc d’évoluer rapidement. Aujourd’hui, je suis titulaire d’une classe verticale de 3e et 4e primaire. En septembre prochain, j’ouvrirai peut-être la porte d’une nouvelle classe. Alors, pour répondre à la question « Que faites-vous maintenant ? » : je fais de mon mieux. Pour un jeune enseignant, hier était bien différent d’aujourd’hui et on ne sait pas toujours comment sera fait demain. L’important, le fil rouge dans cette aventure, c’est de faire de son mieux.

De semer quelques graines derrière soi, qui peut-être fleuriront sans qu’on ne le sache, mais de se satisfaire à l’idée qu’on a fait tout ce qu’on pouvait pour leur donner une chance

Margot P. : Je suis co-titulaire d’une classe de 3ème primaire à l’école Saint-Joseph à Malonne. J’essaie petit à petit d’intégrer l’argile en classe, notamment avec le cadeau de la fête des mères et d’autres projets. Lorsque j’aurai une classe, j’aimerais pouvoir travailler l’argile tout au long de l’année et le mettre au service des enfants ayant besoin de celle-ci comme aide à la concentration.

Nadège R : Je suis enseignante en P3 dans la très chouette école Saint-Rémy à Braine-le-Chateau. L’équipe éducative se nourrit des principes des pédagogies Decroly, Freinet et de l’Ecole du Dehors.

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