Marie, Margot et Nadège sont diplômées de la Haute Ecole et ont reçu le Prix Philippe Maystadt pour leur TFE

Institutrices primaires, elles ont remporté le prix ‘Bac’ avec leur TFE  « L’enfant TDAH (trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) et l’argile. Réflexion autour de la création et de l’implémentation d’un dispositif artistique à destination des enfants TDA(H) dans l’enseignement ordinaire (cycle 3)  ».

Cette récompense est l’occasion d’interroger Marie, Margot et Nadège sur le ‘pourquoi comment’ de ce TFE.

On te donne déjà rendez-vous mercredi pour découvrir comment elles vivent leur métier d’institutrice primaire.

Si tu as envie d’en savoir plus sur le contenu de leur TFE et leur parcours, assiste ce jeudi 6 mai de 10h à 14h au Midi de l’ARES consacré à la présentation des 3 travaux lauréats.

Pourquoi avoir choisi ce sujet de TFE ?
Le Couteau suisse

La seule chose dont nous étions convaincues c’était que l’on souhaitait que notre travail nous serve dans notre pratique de classe future.

Puisque nous ne souhaitions pas commencer notre carrière dans l’enseignement spécialisé, nous avons choisi une déficience de l’enfant que l’on peut rencontrer dans l’enseignement ordinaire.

 Et de fait, tout enseignant a chaque année au moins un élève diagnostiqué TDA/H dans sa classe (sans parler de ceux pour qui le diagnostic n’a pas été posé). Ne sommes-nous pas tous un peu TDA/H ? Focaliser son attention peut être une difficulté pour chacun à un moment de la journée en fonction de notre rythme biologique.

L’une d’entre nous manipulait la terre depuis quelques années et a partagé son expérience et son « rapport thérapeutique » à ce matériau avec le groupe. Instinctivement, chacune a développé une attirance pour ce médium et sa propension à la pause, au centrage sur soi, à l’enracinement.

De plus, il s’agit de quelque chose d’innovant car les enseignants n’ont pas spécialement l’habitude de travailler l’argile. On amène donc un nouveau matériau en classe.

Quelle est la particularité de votre travail ? Son angle d’approche ?
Le Couteau suisse

Tout d’abord, le fait de s’appuyer sur un dispositif thérapeutique existant (le champ d’argile ® d’Heinz Deuser) et de l’adapter à la réalité d’une classe du cycle 3 nous a offert une base théorique solide.

Par ailleurs, se dire que le médium artistique est disponible « sur demande » ou du moins lorsque le besoin s’en fait ressentir est un parti pris très fort. En effet, nous considérons qu’il est peu productif d’organiser des ateliers argile ponctuels dans le but d’aider l’enfant TDA/H. Celui-ci ne peut en aucun cas garder son inattention ou son hyperactivité pour la séance d’art que l’instituteur.rice organisera en fin de semaine. Ainsi, un coin argile à demeure, offrant un espace/temps à l’enfant, nous semblait plus pertinent, bien qu’il vient un peu bousculer les pratiques de classe.

Important également, nous avons réfléchi à un dispositif au sein duquel l’enfant TDA/H est un leader pour ses camarades et où ses particularités (impulsivité, énergie excédentaire, spontanéité, etc) deviennent de vraies forces créatrices, renversant ainsi l’idée que l’enfant à trouble est forcément lésé ou en retard sur le groupe.

Enfin, nous avons conçu un outil clé en main, utilisable directement entièrement ou en parties. À la manière d’un puzzle, l’enseignant pioche les activités qui l’intéressent sans devoir mettre en place tout le projet. Ça peut se travailler par petits ateliers sans pour autant atteindre un dispositif scénographique final d’envergure.

Vous avez créé une chaîne youtube. En quoi est-ce important d’utiliser l’outil « multimédia » ?
Le Couteau suisse

Cette idée est partie du fait que nous n’avions pas la possibilité de tester nos dispositifs pédagogiques sur le terrain, les écoles étant fermées en ces temps de confinement. Or, nous avions besoin de manipuler la matière afin de nous rendre compte des modalités logistiques (matériel nécessaire, quantité de terre, complexité/sens d’une activité…). Nous avons alors très vite décidé que quitte à tout expérimenter, il fallait garder des traces !

A donc germé le principe de fiches pédagogiques « clés en mains » avec des liens vidéos permettant à l’enseignant de se familiariser en image avec le matériau. 

L’outil multimédia permet, à nos yeux, une plus grande réussite du partage des pratiques entre pairs. En effet, souvent les images parlent mieux que les mots et les fiches peuvent être interprétées de manières différentes d’une personne à l’autre. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’illustrer nos fiches par des photos et vidéos. D’autant plus que l’argile se sent et se regarde, ça ne se lit pas !

Lien vers la chaîne Youtube – Terre Happy

Comment avez-vous été accompagnées durant votre TFE ?
Le Couteau suisse

Compte tenu du contexte sanitaire et du confinement strict, nous n’avons pas pu rencontrer physiquement nos enseignants. Les rendez-vous, virtuels, furent donc forcément moins longs et moins fréquents que s’ils avaient pu être menés dans les bâtiments de l’école.

Néanmoins, dans l’urgence, nos enseignants ont pu adapter cet accompagnement pour nous permettre de mener à bien notre projet professionnel de fin d’études, malgré toutes les contraintes que cela impliquait.

Nous avons dû solliciter l’avis d’un « expert » de notre discipline. C’est l’enseignante et artiste Anne Mortiaux qui nous a nourries de ses expériences et de ses conseils avisés. C’est notamment son projet « Classes d’argile » qui a inspiré le deuxième volet de notre dispositif pédagogique.

Et il est important d’ajouter que nous nous sommes toutes trois rencontrées physiquement pour la première fois deux mois après le commencement de nos recherches !

Qu'est-ce que le Prix Philippe Maystadt vous a apporté ?
Le Couteau suisse

Marie  : J’ai gagné en confiance, et ça m’a donné l’élan de donner vie à notre dispositif dans ma classe.

L’un de mes élèves profite donc depuis plusieurs mois du bac d’argile, et… ça marche ! Sincèrement, de voir que notre travail permet en permettra encore demain d’améliorer le bien-être des enfants dans le besoin, c’est vraiment la plus belle des récompenses !

Nadège : À titre personnel, de la reconnaissance ! Une reconnaissance pour l’exigence que nous avons eue à propos de cet outil pédagogique.

 

Margot : Tout d’abord, une énorme fierté parce qu’on y a travaillé jour et nuit pendant plusieurs semaines. Si on peut trouver un point positif au confinement, c’est qu’il nous a vraiment permis de nous donner à 1000% dans ce travail.

Ensuite, pour des jeunes enseignantes c’est une bonne aide au démarrage car ça nous donne une certaine légitimité, une fierté. On a envie d’en parler, de le faire connaitre. Ce qu’on aurait peut-être pas fait si le travail n’avait eu cette reconnaissance. Ca veut dire qu’on a réussi à produire quelque chose de pertinent.

Au point de vue professionnel, nous espérons pouvoir mettre en place le dispositif dans nos classes futures.  Ça donne envie de continuer les recherches.

© A.Delsoir
Marie, Margot et Nadège sont diplômées de la Haute Ecole et ont reçu le Prix Philippe Maystadt pour leur TFE
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