Ecouter sa nature #3 – Le chant de la chlorophylle # 1 : Les espèces pionnières

Ecouter sa nature # 3

Le chant de la chlorophylle # 1 : Les espèces pionnières

Le couteau suisse inaugure une nouvelle rubrique, « Ecouter sa nature ». Dans celle-ci, Damien Huvelle, ancien Directeur-Président de la Haute Ecole et passionné par la nature, nous propose de (re)découvrir notre environnement familier en cette période de confinement.

Pour peu qu’on y prête attention, la nature n’est jamais loin et la prodigieuse aventure de la vie s’observe dans les endroits les plus humbles.

Aujourd’hui, à défaut d’une balade en forêt, je vous invite à tourner votre regard vers quelques espèces discrètes qui ont pris le parti de coloniser le désert minéral de nos villes.

Qu’il s’agisse de nos routes, de nos trottoirs, de nos façades ou de nos toitures, notre environnement urbain goudronné et bétonné semble particulièrement inhospitalier pour le monde sauvage. Et pourtant! Comme aux premiers temps de la conquête terrestre, il y a 450 millions d’années, la vie végétale, jusqu’alors aquatique, envoie ses pionniers dans un monde inorganique, essentiellement constitué de roches.

Les premiers à sortir de l’eau sont les lichens.

Ces organismes sont des symbiotes, autrement dit ils résultent de la collaboration entre au moins une algue et un champignon, inextricablement liés, qui assurent par leurs échanges mutuels les conditions nécessaires à la survie de chacun. Le champignon procure à l’algue des apports en eau et en sels minéraux et celle-ci, grâce à la photosynthèse, procure en retour les apports en sucre.

Lichen foliacé
 
Le lichen est tellement efficace qu’il colonise les surfaces les plus ingrates. Vous pouvez les repérer sur les appuis de fenêtre, les trottoirs ou les murs, ou sur les troncs d’arbres. Ils se présentent souvent sous forme d’auréoles crustacées vert de gris, mais peuvent aussi prendre de belles teintes orangées. Voici un petit exemplaire photographié sur une tuile de mon toit.
 
Lichen sur tuile
 

Les lichens, qui peuvent aussi prendre des formes foliacées, pulvérulentes ou fruticuleuses, peuvent vivre très vieux et leur activité contribue à préparer une ébauche de sol, ce qui permet à la deuxième vague pionnière de débarquer.

Lichen crustacé

Pour peu qu’un substrat minimum soit présent et qu’il pleuve suffisamment, les mousses viennent ourler les moindres recoins de nos villes de leurs cordons et coussinets colorés.

Ce sont des plantes rudimentaires, sans racines, sans tiges vascularisées et sans fleurs. Elles se reproduisent grâce à la pellicule d’eau qui les recouvre lorsqu’il pleut. C’est ce film d’eau régulier et non le nord comme on le croit souvent, qui a leur préférence sur un côté du tronc des arbres.

J’adore la variété de verts éclatants dont les mousses nous régalent, spécialement en hiver ou lorsqu’il pleut, ce qui fait de la Belgique le pays idéal pour les observer!

Certaines espèces font de la passementerie, d’autres semblent créer des forêts miniatures et me rappellent les jardins japonais que nous fabriquions chez les louveteaux. J’ai trouvé des mousses un peu partout chez moi. En voici quelques exemplaires.

Avec le confinement, il est probable que vous en trouviez également sur les bords des fenêtre de votre voiture, si elle est restée à l’extérieur.

Mousse sur le toit

 

Mousse sur chassis
 

Troisième grande vague de pionnières, tout aussi dépendantes de l’humidité pour leur reproduction, voici les fougères.

Pourvues de racines et de tiges vascularisées, elles peuvent s’élever plus haut sur le sol et déployer leurs capteurs solaires sous la forme de frondes aux motifs souvent composés. Certaines fougères peuvent atteindre une taille considérable et former de véritables arbres.

Elles ont proliféré sous cette forme au Carbonifère (300 Millions d’années), époque de réchauffement climatique et de taux élevé de CO2 dans l’atmosphère.

 Le bois, qui est du soleil et du gaz carbonique transformé en sucre grâce à la photosynthèse des plantes, s’est lentement accumulé dans le sol pour former les gisements de charbon que nous brûlons joyeusement depuis trois siècles.

Laisserons-nous le charbon dans le sol et donnerons-nous le temps aux forêts d’absorber nos excès? Pour ma part, je salue la grâce des crosses de fougères de mon jardin qui déroulent leurs extrémités gracieuses pour se gorger de lumière.

Fougère en crosse
 
Enfin, discrètes et délicates, les prêles ont pointé en avril leurs extrémités fructifères, qui ressemblent à de petites asperges, depuis le sol sablonneux d’un jardinet voisin.
 
Prêle
 
Ces survivantes d’une très ancienne sous-classe ont également proliféré au carbonifère et leurs cousines pouvaient atteindre la taille d’arbres.
 
Elles ébouriffent à présent le trottoir du lacis de leurs longues ramilles verticillées.
 
Comme les mousses et les fougères, elles produisent des spores et sont tributaires de l’eau pour se reproduire, raison pour laquelle elles affectionnent les endroits humides.
 
Les prêles contiennent beaucoup de silice. Nos ancêtres les utilisaient pour se reminéraliser et récuraient également le fond des marmites avec de pleines poignées de ces plantes riches en minéraux. A certains endroits, les stations de prêles sont si abondantes qu’elles semblent décorer l’air d’une brume féérique.
 
Prêle
 

Ainsi, à quelques pas à peine de nos domiciles, c’est tout un pan de la conquête de la terre ferme que nous racontent ces humbles espèces qui ont survécu, héritières de millions de générations.

Comme les oiseaux, elles nous invitent à nous émerveiller de la prodigieuse diversité du vivant, si proche, si précieuse et à célébrer son chant.

Vous voulez en savoir plus?

Je vous invite à télécharger un livret d’initiation à la bryologie (mousses) à l’adresse suivante : http://bryophytes-de-france.org/fichiers/Livret_Bryologie_MNHN_Natureparif.pdf

Pour les lichens, c’est ici : https://e-mediasciences.uclouvain.be/docs/livret%20de%20determination%20des%20lichens.pdf

Pour les fougèreshttp://www.attiredailes.be/pdf/botanique/bota_filicopsides.pdf

Merci à Isabel Delarsille d’avoir attiré mon attention sur l’article suivant. Vous y trouverez le lien vers un petit guide de reconnaissance des oiseaux  en ville :

https://www.rtbf.be/musiq3/article/detail_des-oiseaux-en-ville-un-guide-pour-reconnaitre-les-oiseaux-et-leurs-chants-pendant-le-confinement?id=10496738

 

Belles découvertes !

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